Le Tantra est connu en occident surtout comme exercices plus ou moins érotiques d’union des sexes. Chacun a visionné ces images et ces sculptures « grivoises » que l’on trouve partout dans les temples de l’Inde ainsi que dans l’Asie du Sud-Est, comme la profusion des Lingam ou « Phallus » vénérés en tant que symbole masculin de Shiva et la YONI, celui de sa shakti, son complément vulvaire.

Ces images se veulent symboliques pour signifier au plus grand nombre les bases élémentaires de la métaphysique initiale de ces « Deux Principes » fondateurs, la plus signifiante et la plus ancienne puisque le « Men-hir » « l’érigé » fécondant et le « Dol-men » horizontal (féminin-fécondée attestent par leur présence su toute l’Eurasie de cette « religion » première et universelle depuis plus de 6 000 ans !

 

Il y avait donc, dès le néolithique des tribus patriarcales et matriarcales dont les Totem subsistent. La majorité des végétaux et toutes les espèces animales – y compris l’espèce humaine – vivent et se reproduisent par les deux singularités physiques que sont le mâle fécondant et la femelle fécondée.

Le mystère de la vie repose sur le désir qui attire et crée – et la peur sous-jacente qui repousse et détruit – soit deux forces contraires mais complémentaires ; l’une de construction, l’autre de destruction constamment à l’œuvre, tel un bouillonnement.

De cette Dyade est née la symbolique de Divinités complémentaires ou exemplaires, l’un Masculin (Shiva) et l’autre Féminin (Shakti). L’esprit fécondant sera analogiquement l’apanage du premier et l’esprit d’ouverture sera le principe fécondé (shakti).

Comme tout glisse inexorablement vers l’entropie et la déliquescence LE ciel de l’esprit – soit le Père – et la matrice matérielle et maternelle, deviendront ce couple qui fonde toute la dialectique accessible. Ces DEUX ne peuvent ni se dissocier, ni exister l’un sans l’autre : comme l’Esprit et la matière ou l’intelligible et le sensible selon Platon. Cette dialectique (double lecture) a traversé des millénaires et elle est toujours incontournable. La coiffer d’un « Dieu » omnipotent et infaillible comme l’a fait René Descartes en désespoir de cause, ne résout rien, au contraire puisque le Créateur et la création restent incompatibles pour toutes les religions (de « religiare »/relier). Ni l’UN comme Plotin, non plus !

Il est certain, avéré et redoutable que la Dualité des contraires en affrontement affiché ou larvé, est la règle inflexible de l’existence qui s’articule pour perdurer sur les conflits (politiques, religieux, personnels, idéaux, intra-psychiques, etc…) n’en laissant subsister que des déchets : l’humus quantitatif, la décomposition terrible de l’entropie.

Le Désir féminin de reproduction et le bref plaisir de l’accouplement anime et féconde l’existence dans un brouillard épais d’illusions animales dont le but pourrait être leur dépassement mais qui demanderait alors une rupture complète d’identité, un changement total de paradigme, une Métanoïa, un passage vertical à l’essentiel noétique ou nouménal.

Le Tantra sexuel des origines subsiste dans la vie normale de chaque couple mais ce qu’il permettrait de transcendant et d’élévation spirituelle a été oublié, perdu dans une doxa désenchantée où la pénible nécessité de subsistance noie dans sa grisaille toute possibilité d’existence joyeuse, ouverte et tolérante dans le JEU des Deux forces initiales : celle du plaisir d’être que notre inconséquence réfute et celle des peurs, fléau gravissime qui nous paralyse avant de nous exterminer.

Le monde qui nous entoure a perdu le phare de l’essentiel et tout d’abord du symbolisme « in-dis-pensable » (seulement pensable en DEUX). Car le Tantra est un plus et il doit se VOIR comme un + soit  « Deux principes », l’un symbolisé par la ligne d’horizon existentielle et l’autre par l’unique verticale de l’essentiel qui en découle logiquement, le faîte céleste étant au-dessus du banal terrestre.

Ce + est + qu’un symbole ou même qu’un axiome : c’est l’unique AXIOME qui les génèrent tous et rien de logique/analogique ne peut s’établir sans cette holistique structure. Ce sont les coordonnées Cartésiennes (Abscisse et ordonnée) ou dans son entier, la « Transformée de Fourier » panacée mathématique de pointe. Mais on peut aussi l’appeler weï et wu weï (« Faire » existentiel et « non-faire » essentiel), YIN et YANG du Tao soit « Trame et chaîne » du « Tissu de lumière » dont étaient revêtus les « Tisserands  Albans » (Albanenses dits « Albigences - Albigeois), soit la trame existentielle latérale mouvante et la chaîne verticale immobile préalablement tendue qui la supporte. Ceci étant la définition exacte du Tantra binaire adopté par la Métamatique Stellaire nouménale qui s’est créée au centre même de ces « Deux principes ».

On pourrait en dénombrer bien d’autres sur ce modèle « croix de lumière » axiomatique dualiste (Dualité existentielle et unité essentielle) comme la Dyade de Platon, les « Deux principes » Manichéens, le Taï-chi-tu symbole YIN-YANG qu’ils ont créé sous les T’ang etc… Dyade et Monade n’étant que deux VISIONS.

Cependant, si le Tantra du cœur (de la métamatique) est bien un YOGA ou « Ajna Yoga » il n’est ni un Jnana classique ni le Tantra-Yoga traditionnel. En effet l’Ajna-Yoga est un Yoga Spirituel, une jonction, une production créatrice qui résulte de l’accord harmonieux entre l’intellectif et l’intelligible, le premier étant réceptif dans notre aptitude à « l’évidance », et l’autre la source supérieure de l’ordre qui vient combler son « recueillement ».   

Il s’agit bien là d’un principe d’ouverture (Féminin) et d’un principe fécondant (Masculin) qui génèrent toute la création en  UN point indescriptible (Bindu) où tous les possibles se redéploient subjectivement, soit l’imaginal Barzach singulier des Soufis et l’Alaya-Vijnana, la mémoire consciente de « l’inconscient » collectif ou champ Akashique. Il y a bien YOGA par le JEU des « Deux principes » leur création étant UNE (pluralité) mais en verticalisation transcendantale, ou Vajra-YOGINI.

Le Yoga tantrique classique basé sur les corpus conceptuels et syncrétiques de l’ Indouisme en général et du Samkhya en particulier éminemment DUALISTE mais qui « dis-tingue » bien la Dualité existentielle de l’unique intangible, est avant tout un ensemble d’exercices pratiqués (Mantra, Mudra, Mandala, Kundalini), voire union charnelle pour les plus déterminés.

« Au-delà du para Samuid (Purusha), les deux premiers Tattva sont çiva et çakti : Deux principes qui à ce niveau sont inséparablement liés, ce que symbolise leur union sexuelle. D’où le principe Tantrique selon lequel dans toute la manifestation, il n’y a pas de çiva sans çakti, ni de çakti sans çiva. Il ne s’agit cependant pas de l’union absolue, transcendantale (para samuid) – soit Purusha – mais de l’unité dynamique immanente dans la manifestation ».

Cette déclaration de l’éminent orientaliste érudit qu’est le chercheur italien Julius Evola dans son ouvrage « Le Yoga Tantrique » (Fayard) est révélateur et sans ambiguïté. La Métaphysique/Métamatique se situe sur le plan de l’intelligible Platonicien, comme une démarche intellective de Connaissance pure ayant la « Co-naissance » pour finalité, sa structure gnostique étant jugée suffisante en soi. Sa compréhension visant à la libération (la voie par le VOIR ou Véda) est purement spéculative et non celle du Yoga tantrique de l’action, du faire, ni celle du Samkhya dissociatif.

C’est l’Ajna-Yoga, la dialectique comparative/analogique de la VISION et de l’intuition (çruti) qui la prolonge, une auto-création de l’esprit par lui-même. On voit dès lors clairement ce qui fait polémique ou divergence mais jamais, en aucun cas et sous aucun prétexte ou conciliation, l’AXIOME crucial ne peut être oublié ou  négligé.

On voit dans le YOGA TANTRIQUE traditionnel exposé par Evola cette déviance qui passe inaperçue car subtile mais qui est pourtant déterminante pour ceux qui s’engagent sur ce sadhana, cette pratique existentielle du salut du MOI (Aham) et du manas–de l’utilisation erronée des « Deux principes » ramenés ici à l’animus (çiva) et à l’anima (çakti) en horizontalité sur la ligne existentielle du masculin-féminin, soit le YANG et YIN médian, c’est-à-dire en DUALITE, en affrontement.

Lorsque j’avais discriminé les assertions du tantrisme traditionnel, cette évidence ne m’était pas apparue : or, elle est fondamentale ! Pourtant, à de nombreuses reprises J. Evola énonce LE principe (Para-Samuid) comme allant de soi. LE principe au singulier, l’Unique – comparable au Purusha du Samkhya, n’est ni Shiva/çiva ni Shakti/çakti, il les englobe exactement comme « Dieu » est la synthèse surplombant la matiére et l’Esprit chez René Descartes.

Il y a plus qu’une différence entre le YOGA Tantrique de l’action, inspiré du Samkhya spéculatif des Tattva et le Tantra du cœur Métamatique, lequel est un basculement total dans un nouveau paradigme transcendantal purement spirituel mais non mystique.

SWAMY, Au Val le 31 Août 2014